Un monde qui va trop vite
J’ai roulé à vélo jusqu’à Paris, j’aurais pu prendre le train, ce qui aurait été bien plus rapide et efficace mais l’aventure en aurait été réduite. Le vélo m’apprend à ralentir, il ne dérange pas. Son impact est léger que ce soit en termes d’énergie, de bruit ou par la place réduite qu’il prend.
J’ai roulé à travers champs et forêts, en longeant les canaux, seul sur les chemins la plupart du temps. Par moment, j’avais l’impression de voler, mes jambes semblaient inarrêtables comme si l’effort physique s’effaçait. Je me suis arrêté dans une ferme et j’ai demandé à y dormir, l’idée n’était pas de rechercher le confort mais une sorte de débrouillardise. J’ai pris des photos, j’ai respiré, j’ai pensé.
“On a l’impression d’être au milieu d’une course constante dont le but est flou.”
Le contraste s’est révélé intense une fois arrivé à Paris, choqué par la vitesse à laquelle les gens vivent, on a l’impression d’être au milieu d’une course constante dont le but est flou: on ne sait pas trop vers quoi tout le monde court — eux non plus — mais l’épuisement semble omniprésent. Comme si s’arrêter serait la mort, ce qui en résulte à une survie constante.
Au milieu de toute cette belle architecture avec ses bâtiments haussmanniens, se trouve un profond malaise, une misère. La ville est sale, on y voit des sans-abris qui dorment dans leur urine au pied des enseignes de luxe — à vue de tous — mais personne ne semble y prêter attention, il y a un genre de déni collectif.
“Je prêcherai donc la démission de ce monde de fous pour un retour à la lenteur”
J’en ressors déboussolé, la ville que je pensais inspirante autrefois par son innovation, sa culture et son art m’a renvoyé l’image d’un système à bout de souffle où la souffrance gagne du terrain au fil des jours et où les gens s’entassent comme du bétail. Il suffit de prendre le métro aux heures de pointe pour comprendre l’absurdité du rythme imposé. Mes photos n’en seront pas le témoignage car j’ai fait le choix de porter mon oeil sur la beauté plutôt que sur l’horreur.
Je prêcherai donc la démission de ce monde de fous pour un retour à la lenteur, à l’autonomie et au bien-vivre. Revenir à soi et au vivant, voilà le remède à cette course effrénée qui risque de se finir mal si on ne décide pas d’y mettre un terme.






























