Se réinventer — Un chemin vers soi
Depuis tout petit, on m’a souvent demandé : “Que veux-tu faire plus tard ?” Cette question anodine m’a toujours déstabilisé. Non pas parce que je manquais d’idées, mais parce que cette question impose une réponse figée, presque irrévocable. Depuis le plus jeune âge, on a été éduqués à penser que nous occuperons la même fonction et le même métier toute notre vie, ce qui n’est plus du tout adapté au monde dans lequel nous vivons.
Construire son identité autour de son métier
Pour ma part, je n’ai jamais su répondre à cette question de manière précise, car j’ai toujours eu plusieurs activités et je n’ai jamais voulu me réduire à une seule. Malgré tout, j’avais tendance à répondre que j’étais photographe car c’était mon activité la plus fréquente. Je m’étais donc mis à construire mon identité sur cette fonction de photographe sans jamais vraiment la remettre en question.
Les problèmes sont arrivés quand j’ai pensé à arrêter la photo car je n’y trouvais plus de plaisir, ni de vision sur le long terme. Là je me suis retrouvé dans un questionnement total, car si je n’étais plus photographe, alors qu’est-ce que j’étais ? De plus, je considérais avoir réussi dans ce milieu et m’y être fait une certaine place, du moins dans mon entourage. En sortir voulait aussi dire perdre cette “case réussite”, et pourtant j’ai décidé de le faire.
Le saut vers l’inconnu
J’ai donc arrêté mon métier de photographe, j’ai dit à mes clients que je ne souhaitais plus travailler avec eux et j’ai tourné la page. Je n’ai pas arrêté la photo car je continuais à documenter mes voyages, mais j’avais complètement arrêté mon activité commerciale.
J’ai donc commencé le grand voyage vers une nouvelle vision pour ma vie, il y avait une recherche constante de nouvelle identité. En quelques années, j’ai vécu comme un surfeur au Costa Rica, comme un hippie — dans une caravane — au Portugal. J’ai appris à méditer, à voyager, à bien manger. J’ai arrêté de boire, de fumer… Je me suis mis au vélo et à la course à pied, et surtout, je me suis remis à la musique et j’ai commencé à écrire. Tout ça en cinq ans, juste par la simple décision d’aller voir ailleurs.
Il faut aller voir, il faut se jeter dans le vide. On peut y aller petit à petit ou en un coup, mais il faut le faire.
Les excuses qui nous retiennent
J’entends trop souvent autour de moi des gens qui ont des rêves et qui en parlent comme si ceux-ci étaient inatteignables, comme si leur temps était passé, en se trouvant toutes sortes d’excuses : l’âge, les enfants, l’argent, la santé ou que sais-je encore.
Je comprends ces inquiétudes mais j’ai vu tous les contre-exemples à ces excuses à travers mes voyages; des mamans qui traversent l’Europe à vélo avec le bébé dans la remorque, des hippies qui enchainent les pays et les aventures grâce à toutes sortes d’arrangements et d’échanges, pour que ça ne leur coute rien, jusqu’à récemment une fille de mon âge en phase terminale de cancer qui avait juste décidé de passer de bonnes vacances.
Il y a aussi la notion de devoir se remettre dans la position de l’apprenti, de celui qui ne sait pas et qui doit recommencer, ce qui peut être très gênant quand on se lance dans une nouvelle pratique. Mais derrière ça, se cache toute la joie et l’inspiration de l’apprentissage, qui prend vite le dessus sur l’ego déstabilisé.
Je suis même surpris d’entendre certains grands acteurs dire qu’ils auraient rêvé d’être musicien, et vice-versa, des grands musiciens qui auraient rêvé d’être acteur. Les entendre à même pas 30 ans, avec ce ton qui suppose que tout est déjà trop tard m’insupporte au plus haut point. Ils se trompent, ils n’ont pas idée comme ils pourraient en quelques années réaliser ce nouveau rêve et le cumuler à l’expérience déjà acquise.
Conclusion
Changer de cap, surtout quand on a déjà réussi dans un domaine, ç’est terrifiant. On sait ce que l’on quitte, mais on ignore ce qui nous attend. Et pourtant, c’est par ce saut vers l’inconnu que l’on se réaligne avec nos envies et nos rêves profonds. Alors il faut se lancer car le plus grand risque serait de ne jamais sauter et de passer à coté de l’aventure de notre vie.